Le chemin de fumée

Catégorie(s) // Spectacle adulte, Lecture musicale

de Rachel HAUSFATER

Le chemin de fumée

Lectrice : Marie LEMOINE conteuse et plasticienne.

Musicien : Salomon ELLIA harpiste et chanteur.

Editeur : Editions du Mercredi depuis 2019

 

Thématique : La Shoah vue à travers le regard d’une adolescente rescapée des camps. La Shoah est un mot hébreu signifiant « anéantissement » et désignant l’extermination de 6 millions de juifs par les nazis durant la seconde guerre mondiale.

« Le Chemin de Fumée » n’est pas un roman autobiographique mais une fiction. Cependant, l’auteure a su décrire avec réalisme et émotion les effets traumatisants de la guerre et des camps de concentration nazis. 

Ce livre est paru pour la première fois en 1998 aux éditions du Seuil.
Shaïné, jeune adolescente rescapée des camps de concentration, rentre en France à la fin de la guerre. Accueillie dans une maison d’enfants, elle donne naissance à une petite fille,
« minuscule vie venue du pays de mort », qui s’appellera Zeïdé comme le grand-père tant aimé dont le souvenir lumineux l’aide à ne pas sombrer. Il lui faudra se battre pied à pied contre le désespoir, la folie, la jalousie et le chagrin pour  réapprendre l’amour et la confiance.
Avec des mots simples et d’une poignante poésie, Rachel Hausfater nous fait partager la détresse de Shaïné, sa lutte et son retour à la vie. 
Ce récit émouvant nous parle de la souffrance mais aussi de la résilience de ces enfants meurtris.  Leur histoire est universelle.

2

Extraits :

…/… Mon Zeïdé, il était si drôle ! Même, surtout, quand c’était triste. Comme lorsqu’on se promenait tout autour du jardin public, pas dedans - Zeïdé disait : « Dedans on met les malheureux qui n’ont pas la chance d’être juifs, ils n’ont pas d’étoile, et on les enferme dans le parc. » Nous, tous fiers, on tournait autour, avec notre étoile bien brillante…/…

…/… L’infirmière parle trop fort, elle me secoue, elle me dit : « Réveille-toi tu es une grande fille maintenant, arrête de parler comme un bébé, arrête de rêver, il faut que tu m’écoutes. »
Je cris contre elle, il faut que je parle bébé sinon comment mon bébé me comprendra-t-il ? Et il faut que je reste emmitouflée dans mes rêves, sinon comment Zeïdé me retrouvera-t-il ? Quand j’avais peur, il me collait contre lui, me cachait le visage sous sa longue barbe, et me demandait : « Que vois-tu ? » Je lui répondais : « Je vois tout en doux, en tremblé, c’est comme un rideau de douceur. » Il chantait ses chansons tristes et me demandait : « Qu’entends-tu ? » Je répondais : « J’entends tes mots, ton rire, tes pleurs et la Musique. » Alors il disait : « Si les loups viennent et qu’ils nous prennent et nous séparent, si tu es seule, refugie-toi derrière le rideau de nos rêves et de nos histoires, tends bien l’oreille, la gauche, celle du cœur, tends ta petite oreillette, et tu m’entendras, et tu retrouveras notre musique. » Je l’ai fait, je le fais, et c’est vrai, il me revient, et je ne suis plus aussi terriblement seule…/…

L’enfant de Shaïné, porte le nom de Zeïdé comme le grand-père de Shaïné. Le bébé sera confié à une nourrice.
…/… Il y a le Docteur Berg (celui qui soigne les têtes), il me berce de ses grands mots, il dit que je suis traumatisée, ça c’est vrai, bien trop ! Je dois me reposer, tout ranger et tout classer, m’occuper de ma vie avant de m’occuper de Zeïdé. Il dit que la guerre moins les parents plus le camp moins le Zeïdé plus la Zeïdé et moins la Zeïdé, cela fait une opération trop compliquée pour mon niveau actuel, et que je ne peux pas la résoudre si facilement ni si rapidement. Il faut apprendre. Mais qui saura ? Qui sera mon maître ? Des profs de malheur ça ne court pas les rues !.../…